« Pieces of you » les tranches de vie romancées de Tablo

Tablo a toujours été l’une de mes inspirations. Survivant de nombreuses dépressions, victime d’une vague de diffamations, aujourd’hui encore insomniaque et mélancolique, il nous partage des épisodes de sa vie dans ce recueil de nouvelles. Sa façon de manier les mots est autant unique que sublime, ses histoires sont touchantes et il est facile de s’y identifier.

Tablo a un don pour parler du bonheur triste et de la tristesse heureuse, du spleen qui accompagne l’adolescence et la construction de soi, de la complexité de se conformer au moule de la vie d’adulte.

Honnêtement je n’ai pas grand chose à dire de plus hormis, lisez le ?

He laughed. I suddenly wanted to laugh, to laugh with him, to sit here, or maybe outside in the rain, and just laugh with him. But I couldn’t. I couldn’t even smile.

« Nos jours heureux » le cris des marginaux coréens

Couverture

Je dois avouer que je n’ai jamais aimé les histoires d’amour, autant en littérature qu’au cinéma je ne leur trouvais aucun intérêt. Puis j’ai découvert le roman de Gong Ji-young.

Yu-jeong est une riche artiste dépressive, après une énième tentative de suicide sa tante Sœur Monica décide de la prendre sous son aile en l’envoyant faire du bénévolat à la maison d’arrêt de Séoul. Elle y rencontre Yun-su, un prisonnier accusé d’avoir commis un triple homicide pour lequel il se retrouve condamné à mort. Au départ distants et mutiques, les deux protagonistes se retrouvent rapidement à attendre les jours de visite avec impatience. Ils s’échangent leurs vraies histoires, celles qu’ils n’ont jamais osé raconter à quiconque, en tout sincérité et sans aucun artifice. Bien que venant de milieux sociaux-économiques radicalement différents, Yu-jeong et Yun-su sont en fait très semblables.

Ce roman est un long questionnement sur la peine de mort et la religion, les relations humains ainsi qu’une critique de la justice sud-coréennes et du milieu carcérale. De façon plus globale, l’auteur souligne les problèmes qu’à la Corée du Sud à accepter les personnes qui ne rentrent pas dans les clous et à vouloir uniformiser sa population.

« Dans les deux cas des être humains jugent qu’un être humain mérite la mort, et dans les deux cas des êtres humains tuent un autre être humain. Mais dans un cas c’est un meurtre, et dans l’autre, une exécution. L’un meurt en meurtrier et l’autre voit sa carrière avancer. Tu appelles ça la justice ? »

Il s’agit sans aucun doute de mon roman favoris, je l’ai lu et relu un nombre incalculable de fois. Il se dévore d’une traite, l’écriture est légère et précise, émouvante sans entrer dans le mélodrame. Gong Ji-young a su parfaitement retranscrire l’histoire de ses deux personnages.

Ecrit en 2005, adapté au cinéma en 2006, publié en France en 2014.

« Si le rôle de la mer est de faire des vagues » mon rôle à moi est de penser à toi

Couverture

De la fin de la guerre de Corée en 1953 jusqu’à l’an 2000, plus de 130 000 enfants coréens ont été adoptés par des étrangers. Les causes sont nombreuses bien que la pauvreté reste le motif principal.

Camilla, 20 ans, est l’une de ces enfants. Lorsque sa mère adoptive décède, la jeune fille décide de partir à la recherche de la femme qui lui a donné la vie. Pour celle qui avait tant de fois rêvé cette mère inconnue la rencontre avec la réalité est brutale. La société coréenne est dure, les recherches sont longues, rien ne se déroule comme attendu mais ce voyage la fait grandir et apprendre au fil des rencontres. Camilla s’est toujours considérée comme une américaine avec un « masque de jaune », renouer avec ses racines lui permet de faire la paix avec elle-même.

Le roman est divisé en 3 parties racontées par 3 narrateurs différents. Le passé se mélange au présent, comme si les choses n’avaient que peu évoluées malgré le temps qui passe. Le récit est parfois un peu confus mais la prose n’en reste pas moins poétique et agréable à lire.

Ecrit par Kim Yeon-su en 2009, il a été publié en France en 2015.

Les gens ordinaires ont plusieurs passés, celui dont se souvient leur famille, celui inscrit dans la mémoire de leurs amis, et celui de leurs propres souvenirs. Ces passés comportent plus ou moins de différences. La plupart des gens arrivent à l’âge adulte en ayant choisi parmi ces passés la version qui leur convient le mieux.

« La Dénonciation » les 7 nouvelles qui ont traversé la frontière nord-coréenne cachées dans des livres de propagandes

Couverture représentant une femme militaire nord-coréenne

Avez-vous déjà imaginé à quoi pouvait bien ressembler la vie en Corée du Nord ? Personnellement, oui, souvent même.

En 1990, Bandi (« luciole » en coréen) commence à écrire des fictions critiquant le régime de la Dynastie Kim. Le pays est à l’époque totalement coupé du monde et ravagé par une famine qui fera plus de 3 millions de victimes. Après de nombreuses années passées à dissimuler ses manuscrits, Bandi les confit à une amie qui arrive à leur faire passer la frontière en les cachant dans des livres de propagande. En 2014 « La Dénonciation » est publié en Corée du Sud où la population reste indifférente; en revanche, de nombreux pays étrangers attendent les traductions avec impatience. C’est la France qui aura l’honneur de publier la première version étrangère du recueil en 2016.

Dans ses nouvelles, Bandi décrit la vie quotidienne : les défilés en l’honneur du Grand Leader se mêlent aux mères faisant la cuisine pour leurs enfants et aux fils soucieux de leurs mères malades. Les protagonistes sont très purs, ils n’ont pas de pensées métaphysiques, ils sont des survivants plus que des vivants.

L’authenticité des textes a été remise en question par des critiques littéraires et professeurs de littérature. Cependant, un professeur de l’Université Dongseo à Busan affirme que « la prose descriptive légèrement indigeste est typiquement nord-coréenne. » tout comme l’éditrice annonce que « quelqu’un qui n’a pas vécu ces histoires ne peut pas écrire ce genre de texte ».

Une vie honnête ne peut se construire que dans un monde libre. Plus on étouffe les gens, plus on les opprime, et plus ils jouent la comédie.

Mon avis personnel : la traduction française est agréable à lire, la plume est légère mais efficace. L’auteur nous plonge au cœur de la capitale nord-coréenne et nous décrit une société bancale où le moindre acte est calculé. Bien qu’il nous est impossible de vérifier la véracité de ses propos, ces 7 nouvelles restent un témoignage important.